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Le lundi 04 février 2008
Croisières : l'envers du décor
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Le Serenade of the Seas
Photo Marc-André Girard
André Désiront
La Presse
Collaboration spéciale
Sur un navire de croisière, les serveurs et le personnel d'entretien occupent le bas de l'échelle sociale. Ils sont en service 10 heures par jour, sept jours sur sept et, contrairement aux officiers et autres responsables de postes stratégiques, ils n'ont pas accès à la piscine, à la salle d'exercice ni aux autres aires de détente. Faut-il s'étonner que ces emplois soient occupés par des ressortissants de pays pauvres: Philippines, Roumanie, Mexique, etc.?
Cela n'a pas empêché le Montréalais Marc-André Girard de faire des pieds et des mains pour se joindre au «prolétariat» de l'industrie de la croisière. «J'ai fait mes études à l'ITHQ, je suis serveur, c'est mon métier et je l'aime, dit-il. Je rêvais de travailler sur un paquebot depuis que j'ai fait une croisière avec ma famille, voici quelques années.»
Il a passé plusieurs mois à tenter en vain de se faire embaucher. Les société de croisières ne veulent pas engager de Nord-Américains comme serveurs, parce qu'elles estiment qu'ils ne résisteront pas au régime de travail pour un salaire de base de 50 $ par mois.
«En fait, le petit personnel est rémunéré au pourboire, dit Marc-André Girard. Ainsi, un serveur parvient à gagner entre 350 $ et 450 $ par semaine. Mais il y a des passagers qui ne donnent pas de pourboire, parce qu'ils estiment qu'ils ont payé leur croisière assez cher. Un serveur qui tombe sur deux tables de clients de ce type devra alors se contenter de 300 $, voire moins, pour sa semaine.»
Pour un Roumain ou un Philippin, 400 $ pour 70 heures de travail hebdomadaire, nourri et logé, c'est bien. Pour un Nord-Américain, c'est dérisoire. À force d'insister, Marc-André Girard a pourtant réussi à se faire engager, en mai dernier, sur le Serenade of the Seas, de la Royal Caribbean, un paquebot d'une capacité de 2800 passagers et de 950 membres d'équipage.
Il a occupé son poste jusqu'à l'expiration de son contrat, en décembre. Ce qui lui a permis de voir l'Alaska, Hawaii, la côte ouest du Mexique, le canal de Panama et les îles Vierges. Même si le personnel de service a peu de privilèges, il a le droit de descendre aux escales, pendant ses temps libres.
Marc-André Girard observe que les clients les plus sympathiques sont les Américains. «Ils sont habitués à manger moins bien et à un service moins stylé, donc ils apprécient, dit-il. Par contre, les Européens se plaignent souvent, parce qu'ils sont davantage en contact avec une cuisine gastronomique et un service professionnel. Les Italiens, par exemple, se plaignent invariablement lorsqu'on sert des pâtes. Les personnes âgées sont aussi plus exigeantes. Elles ont fait plusieurs croisières et elles font volontiers des comparaisons. Certains passagers ne comprennent pas que les serveurs, qui n'ont aucun jour de repos pendant six mois, puissent être fatigués. Pourtant, nous nous plions à presque tous les caprices des clients, car la compagnie l'exige!»
Malgré ces conditions contraignantes, Marc-André Girard a adoré son expérience. «Comme nous sommes toujours assignés aux même tables, des liens se créent avec les passagers, après deux ou trois jours. Et je me suis fait de nombreux amis au sein du personnel.» Il a repris son emploi à l'hôtel Sandman de Longueuil. Mais il veut repartir. Sur le Queen Mary II, cette fois. «C'est un niveau de service plus élevé. Et puis le navire fait le tour du monde!»
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