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[align=right]Le mercredi 18 mai 2005[/align]
Photo Jean Goupil, archives La Presse
L'an dernier, 103 paquebots ont remonté le fleuve au moins
jusqu'à Québec. La plupart ont fait un crochet par le fjord du
Saguenay.
Le pouls du marché
Les croisières en eaux froides
André Désiront
collaboration spéciale, La Presse
Le grossiste Kilomètre Voyages, qui est une filiale du groupe Transat, a lancé un nouveau produit estival: des croisières dans l'Arctique canadien, au départ de Kuujjuaq, au Nunavik.
L'Arctic Explorer est un petit navire de 280 tonnes, d'une capacité de 66 passagers. «Rien à voir avec les paquebots de Celebrity ou de Princess Cruises», avertit France Gauthier, directrice du voyagiste. «Comme beaucoup de bateaux utilisés pour ce type de périple, il s'agit d'un bâtiment qui servait à des expéditions scientifiques. Ce qui rend intéressant ce genre de croisière, c'est, d'une part sa rareté et, d'autre part, l'encadrement, puisqu'on retrouve à bord des spécialistes qui guident les passagers lors des escales et donnent des conférences.»
L'Arctic Explorer appartient à la compagnie Cruise North Expeditions, filiale du groupe Makivik, lui-même propriété des Inuits du Grand Nord québécois, comme les compagnies aériennes Air Inuit et First Air. C'est d'ailleurs cette dernière qui achemine les voyageurs jusqu'au port d'embarquement.
Huit départs sont programmés, du début juillet au début septembre, et la clientèle a le choix entre trois itinéraires d'une semaine, autour de la terre de Baffin et de la baie d'Hudson. Les tarifs varient entre 2500 $ et 5500 $, selon le type de cabine occupée, avion inclus de Montréal. «Le produit se vend comme des petits pains chauds aux États-Unis, mais nous pensons qu'il y aura un intérêt sur le marché québécois, dit France Gauthier. Certains baby-boomers ont tout vu et ils sont maintenant à la recherche d'expériences hors du commun.»
Pour les spécialistes du tourisme, c'est devenu un lieu commun que de dire que les croisières en eaux froides sont un produit d'avenir. L'an dernier, un peu plus de 1,2 million de personnes ont participé à une croisière en Alaska. Les «expéditions» maritimes en Antarctique font fureur chez les cercles (de moins en moins restreints) de millionnaires nord-américains et européens et les grandes compagnies de croisières ont du succès en écumant le triangle formé par les Hébrides, les fjords norvégiens et l'Islande.
Le Québec obtient-il une part de cette manne? Sans aucun doute, si on regarde du côté des grandes compagnies internationales de croisières. L'an dernier, on a dénombré 103 paquebots qui ont remonté le fleuve, au moins jusqu'à Québec, la plupart faisant un crochet par le fjord du Saguenay. On estime que leurs 18 000 passagers - américains dans une écrasante proportion - ont dépensé environ 12 millions dans la ville de Québec.
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a orchestré une campagne pour faire construire un quai en eaux profondes à La Baie, afin de permettre l'accostage de ces navires qui, jusqu'à présent, se contentaient de faire une balade le long des parois du fjord, sans y effectuer d'escale. Le succès est tel que les autorités se préparent à refuser des gens en attendant que les structures d'accueil soient mieux rodées.
Par contre, on pourrait déplorer l'absence d'un type de produit qui a déjà été exploité avec succès avec des paquebots russe (le Pushkin) et bulgare (le Varna): la croisière d'une semaine au départ de Montréal vers le golfe du Saint-Laurent.
Croisières AML, qui se spécialise surtout dans les excursions, a programmé une croisière d'une semaine entre Montréal et Chicoutimi pour le compte de la chaîne Voyages Vasco, la première semaine d'octobre. Et le Groupe CTMA, des Îles-de-la-Madeleine, assure toutes les semaines une navette entre la métropole et les Îles, avec une escale à Chandler, en Gaspésie. Mais ces produits sont particuliers. Le Cavalier Maxim, de AML, ne dispose pas de cabines et les passagers seront hébergés dans des hôtels pour la nuit. Quant au CTMA Vacancier, les passagers qui achètent l'option croisière passeront presque trois jours aux Îles, où le navire sert d'hôtel.
Plusieurs projets figuraient sur les planches à dessin d'entrepreneurs québécois depuis trois ans. Le premier était piloté par un ancien professionnel du voyage, Claude Dimet, qui s'était allié au puissant groupe Intair de Montréal. Le consortium détenait une option d'achat sur un petit paquebot de 220 cabines qui devait naviguer entre Montréal et les Îles-de-la-Madeleine avec escales à Québec, au Saguenay et à Saint-Pierre-et-Miquelon. L'hiver, le navire devait effectuer des croisières dans les Antilles au départ de Cuba. Le projet a avorté cet hiver, parce que les promoteurs n'ont pu mener à bien le montage financier.
C'est aussi ce qui a fait échouer la tentative de Croisières Transboréales, une organisation dirigée par un promoteur de Blanc-Sablon, Roger Dumas, qui voulait faire construire deux paquebots mixtes (passagers et voitures) d'une capacité de 1500 passagers.
Les promoteurs ont revu le projet à la baisse. Appuyé, notamment, par la Ville de Baie-Comeau, qui voudrait attirer des touristes, Roger Dumas a acquis un brise-glace norvégien qui effectuait des croisières dans les fjords scandinaves. Le navire, d'une capacité de 328 passagers, devrait effectuer des croisières de 12 jours au départ de Montréal, en arrêtant dans une dizaine de ports, dont Blanc-Sablon et Saint-Jean de Terre-Neuve. On annonce que ces croisières seraient offertes toute l'année, puisque le bateau peut fendre les glaces. Mais y aura-t-il une demande pour naviguer sur le fleuve en hiver?
Source: http://www.cyberpresse.ca/voyage/articl ... 8016.shtml

