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[align=right]Le lundi 27 juin 2005[/align]
[align=center]La Chute Montmorency

Photo SÉPAQ/Pierre Soulard[/align]
Les sept merveilles du Québec
André Désiront
collaboration spéciale, La Presse
Des pyramides d'Égypte à la statue de Zeus, les Grecs de l'Antiquité avaient identifié «sept merveilles du monde», toutes des oeuvres humaines.
Au Québec, peut-être la patine des siècles permettra-t-elle d'attribuer un tel honneur au Stade olympique ou au Château Frontenac, mais nul n'ose encore s'y risquer. Aujourd'hui, ce sont surtout nos «grands espaces» et les réalisations de la nature qui attirent les touristes d'outre-mer. Nous n'avons pas les Rocheuses, mais nous avons l'estuaire du Saint-Laurent, avec son bras gauche, le Saguenay. Un complexe hydrographique qui, nulle part au monde, n'a son équivalent : cet amalgame de côtes sauvages et de rives transformées par la présence humaine, qui alternent sur des milliers de kilomètres.
Nous avons quelques autres icônes naturelles, certaines fort connues, comme l'incontournable rocher Percé, d'autres méconnues, parce que le développement a défiguré une partie de leurs abords - c'est le cas de la chute Montmorency - d'autres enfin, carrément inconnues, parce qu'inaccessibles pour la plupart des gens, comme les Torngat. En cette veille de vacances, nous vous présentons un inventaire commenté des «sept merveilles du Québec».
LE ROCHER PERCÉ
Alors que je déambulais dans Percé, par un matin d'août 2003, une rumeur circulait de restaurant en dépanneur : il y avait eu un éboulement au rocher pendant la nuit. Quelques heures plus tard, je me suis rendu sur place à marée basse pour constater les dégâts : un amoncellement de blocs calcaires, dont certains de la taille d'un veau, obstruait l'échancrure du trou. C'est que le rocher perd régulièrement des plumes, ou plutôt des pierres. En moyenne, 300 tonnes par an! Ce phénomène, attribuable à l'érosion, a d'ailleurs valu au monolithe la perte de son deuxième trou. Ce qui restait de la seconde arche s'est effondré le 17 juin 1845, laissant orphelin l'obélisque qui se dresse à l'extrémité de la presqu'île. Nous n'avons plus sous les yeux, aujourd'hui, le même rocher que celui qui a arraché des commentaires d'admiration à Jacques Cartier, à Champlain et à l'intendant Desmeules, qui en fit un croquis en 1686. C'est que, malgré son âge respectable - quelque 365 millions d'années - le rocher n'est pas éternel. La seconde arche devrait s'effondrer complètement dans 400 ans. Quant au rocher lui-même, il aura complètement disparu dans 16 000 ans, transformant en sans abris, les milliers de cormorans, de mouettes, de guillemots, de marmettes et de petits pingouins qui colonisent son plateau. L'érosion le rend-elle vraiment dangereux et faut-il éviter d'aller écornifler dans le trou? «Les éboulement de roc se produisent habituellement pendant le dégel et en période de fortes pluies, à l'automne, observe Rémi Plourde, directeur du parc national de l'Île Bonaventure et du rocher Percé. Les blessures dues à des éboulements sont rares, mais sans l'interdire formellement, nous préférons que les promeneurs ne dépassent pas la pointe du rocher.» Le rocher attire des touristes à la pointe de la péninsule gaspésienne depuis la fin du XIXe siècle. Le peintre newyorkais, Frédérick James, s'y fit construire une résidence d'été en 1895, bientôt imité par de riches Américains ou Canadiens anglais qui passaient l'été dans les superbes maisons bâties sur les promontoires qui font face au rocher. Mais c'est dans les années 30 que des touristes moins fortunés ont commencé à y venir en grand nombre.
LES TORNGAT
En inuktitut, le mot «Torngat» désigne les esprits. Pour les Inuits, ce massif montagneux, à cheval sur le Nunavik et le Labrador, est le lieu où le monde des esprits et celui des hommes se confondent. Il est vrai que cette succession de dépressions vertigineuses et de crêtes raclées par des vents violents composent un paysage fantasmagorique où l'homme a l'impression d'être un intrus. Ce qui ne les a pas empêchés d'annexer les lieux comme territoire de chasse. Ils viennent y chasser le lièvre, le renard, mais surtout le caribou. Le massif est balafré par des vallées en auge, comme celle de la rivière Koroc, dont les parois se dressent, par endroits, à plus de 1000 mètres de hauteur. Il est caractérisé par des cirques glaciaires, énormes bols taillés par les effets successifs du gel et du dégel des glaciers. C'est le seul massif montagneux dans l'est de l'Amérique du Nord qui ressemble aux Rocheuses ou aux Alpes. On y retrouve le plus haut sommet du Québec, le mont d'Iberville, avec ses 1646 mètres, ainsi que quelques autres pics qui culminent à plus de 1500 mètres. Actuellement, les seuls touristes qui fréquentent les lieux sont des aventuriers ou des alpinistes venus tenter l'escalade du mont d'Iberville. L'expédition est coûteuse, car il faut affréter un avion pour transporter voyageurs et matériel entre Kangiqsualujjuaq, dans la baie d'Ungava, et la vallée de la Koroc. Cette situation évoluera peut-être, puisque le gouvernement du Québec se prépare à y aménager un parc national d'une superficie de 4274 kilomètres carrés, en collaboration avec l'Administration régionale Kativik, mise en place par les Inuits du Nunavik. «Ce sera le seul parc national géré par les autochtones, explique Robert Fréchette, responsable des parcs pour Kativik. Pour les Inuits, le parc présente des perspectives d'emploi intéressantes. On y construira des refuges et on y aménagera des sentiers. Et ils pourront offrir des services de guides aux visiteurs.»
LES ÎLES DE MINGAN
L'archipel de Mingan déploie son millier d'îles sur une longueur de 152 kilomètres, parallèlement au tronçon de la Côte-Nord qui va de Longue-Pointe-de-Mingan à Aguanish, près de Natashquan. Les visites y sont rigoureusement contrôlées par Parcs Canada, qui en a fait un parc national en 1984. Comme il n'existe pas d'établissement d'hébergement dans les îles (seulement des campings), certains touristes y retournent à plusieurs reprises. On estime donc qu'entre 20 000 et 25 000 personnes y font un total de 35 000 visites annuelles. C'est peu pour un parc national aussi réputé. Mais c'est assez. «Le milieu est très fragile et la capacité des infrastructures que nous y avons aménagées n'en permettrait pas beaucoup plus», dit Denis Thériault, responsable du marketing du parc. La majorité des visiteurs abordent les îles dans le cadre d'excursions offertes par des compagnies qui exploitent des bateaux d'une cinquantaine de places ou des petits Zodiac. Les excursions au départ de Longue-Pointe-de-Mingan permettent de reluquer de plus près les macareux moines (les «calculots», comme les appellent les habitants de la Minganie, en faisant référence à l'habitude qu'ils ont de hocher la tête comme s'ils calculaient) et les 11 autres espèces d'oiseaux qui nichent à l'île aux Perroquets : eider à duvet, sterne arctique, guillemot à miroir, petit pingouin... Celles qui partent de Havre-Saint-Pierre abordent les îles dans lesquelles se dressent les monolithes de calcaire aux formes fantasmagoriques, emblématiques de l'archipel. On retrouve d'autres formations calcaires similaires dans la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick, ou dans la baie géorgienne, en Ontario, mais elles sont loin d'être aussi spectaculaires que celles de Quarry ou de Nepiscau, deux des îles les plus visitées. Des naturalistes de Parcs Canada, qui accompagnent les visiteurs, attirent aussi l'attention sur la flore locale, avec ses plantes calcicoles rares et les espèces menacées comme le chardon de la Minganie ou le cypripède coquille d'oeuf.
LA CHUTE MONTMORENCY
La route 138 qui, à cet endroit, adopte des allures d'autoroute de banlieue, lui ménage un cadre indigne de sa splendeur. Mais avec ses 83 mètres de hauteur - 30 de plus que les chutes du Niagara! -, son débit qui peut atteindre 500 mètres cubes à la seconde et ses cascades satellites, la chute Montmorency est une des formations naturelles les plus spectaculaires du Québec. Une fois sur le site, on oublie l'environnement pour se laisser charmer par la majesté des lieux : le Voile de la mariée, cette cascade satellite qui doit son nom à une légende triste, la chute elle-même, les formes tourmentées des rochers et, en hiver, le «pain de sucre», cet énorme monticule de glace formé par les embruns et sur lesquels des audacieux s'amusent à glisser. Du pont qui enjambe la rivière à l'endroit où elle se dévale vers le précipice ou de la terrasse du manoir Montmorency, construit au sommet de la falaise, on bénéficie d'une vue extraordinaire sur le fleuve et l'île d'Orléans. Ce manoir, qui servit de résidence d'été à Frédérik Haldimand, premier gouverneur britannique de la colonie, et au père de la reine Victoria, le duc de Kent, a été reconstruit selon les plans originaux, après avoir été détruit par un incendie, en 1993. Des événements très courus sont organisés sur le site : les Grands Feux d'artifice de Loto-Québec (du 23 juillet au 10 août), un rassemblement de 1400 voitures de collection Belles Autos d'hier, (le dernier week-end d'août) et l'Aventure gourmande, qui permettra au public de venir déguster les produits de quelque 70 producteurs du terroir (du 30 juin au 3 juillet).
ANTICOSTI
Avec seulement 280 habitants pour un territoire de 8000 kilomètres carrés, la grande île du golfe du Saint-Laurent est en droit de disputer à plusieurs déserts de la planète le titre de territoire le moins densément peuplé du monde. moins en ce qui concerne la population humaine. Car il est impossible d'emprunter la transanticostienne, cette large route de terre et de gravier qui traverse l'île sur toute sa longueur (250 kilomètres), sans apercevoir au moins un chevreuil aux trois kilomètres. Le chocolatier français Henri Menier, qui avait racheté Anticosti au gouvernement du Québec, importa 220 cerfs de Virginie en 1896. L'espèce proliféra et le cheptel compte aujourd'hui quelque 130 000 têtes. Chaque automne, 5000 chasseurs venus de toute l'Amérique du Nord en abattent près de 10000 et il en meurt à peu près autant de malnutrition, chaque hiver. Mais les naissances suffisent à combler les pertes. Longtemps, l'île n'a été fréquentée que par des chasseurs et des pêcheurs de saumon. Depuis quelques années, deux des quatre pourvoiries qui se partagent l'essentiel du territoire tentent d'y attirer des touristes pendant l'été. Et la municipalité voudrait aménager un golf, un centre équestre et des installations d'hébergement dans la partie ouest qui n'est pas exploitée. Un parc national, géré par la SEPAQ, occupe le dixième du territoire. On y retrouve certains des sites les plus spectaculaires de l'île, comme la chute Vauréal, formée par deux rivières confluentes, et le canyon de la rivière Observation.
LES ÎLES DE LA BASSE-CÔTE-NORD
On en dénombre 4000, en lisière de ce tronçon de la Côte-Nord qui étire son relief tourmenté de Kegaska à Blanc-Sablon. Elles sont regroupées en une demi-douzaine d'archipels aux noms chantants : les îles Sainte-Marie, l'Archipel de Ouapitagone, le Petit Mécatina et le GrandMécatina, l'archipel de Saint-Augustin et celui du Vieux Fort, qui étire ses avant-postes à quelques encablures du détroit de Belle-Isle. Un film - La Grande Séduction - a donné aux Québécois un aperçu de l'une d'entre elles, l'île Harington, qui est aussi la seule à abriter un village. Longtemps, les pêcheurs qui habitaient la quinzaine de villages ou de hameaux de la Basse-Côte déménageaient dans les îles dès le printemps venu, pour se rapprocher de la haute mer. Si l'avènement des bateaux à moteur a mis fin à cette pratique, leurs descendants ont continué à entretenir ces maisons d'été qui servent aujourd'hui de chalets. Un organisme de Tête-à-la-Baleine - Toutes-Îles- a aménagé un gîte dans le presbytère de l'église Sainte-Anne, juchée sur le monticule de l'île Providence. J'y étais arrivé un soir de brume.Àla lueur d'une lampe à huile - il n'y a pas d'électricité dans les îles - j'étais allé lire dans l'église en attendant de retrouver le sommeil. Au matin, j'avais découvert la vingtaine de maisons érigées en contrebas, sur un parvis de ce granit fauve caractéristique de la Basse-Côte. J'étais allé me promener en foulant le tapis de lichen et de plantes boréales qui recouvre la plus grande partie de l'île. Un peu plus tard, un habitant de Tête-à-la-Baleine, Oscar Marcoux, était venu me chercher dans sa petite embarcation à moteur et m'avait fait découvrir cet inextricable dédale d'îles et de rigolets formé par l'archipel du Petit Mécatina. Quelques icebergs s'étiolaient dans les baies.
LE FJORD DU SAGUENAY ET L'ESTUAIRE
Pourquoi l'embouchure du Saguenay voit-elle passer tant de bélugas, de baleines bleues, de rorquals communs et d'autres mammifères marins? Parce qu'on se trouve au point de jonction d'un fjord et d'une vallée sous-marine, le chenal Laurentien, et que cette confluence se traduit par une accumulation de krill, de plancton et d'autre micro-organismes qui constituent l'essentiel du régime alimentaire des 13 espèces de baleines qui passent l'été dans l'estuaire. Le Saguenay n'est pas le seul fjord du Québec. On en dénombre quatre autres, dont la baie de Gaspé. Mais c'est le seul de cette longueur - 100 kilomètres - et de cette profondeur - entre 200 et 276 mètres sur la plus grande partie de son parcours - qui soit situé à une latitude aussi méridionale. Il s'étire sur 1400 kilomètres, depuis Terre-Neuve jusqu'au large des Bergeronnes, près de Tadoussac, avec des profondeurs variant de 180 à 550 mètres. Mais l'estuaire, c'est aussi les 1400 kilomètres de la rive nord, entre Québec et Blanc-Sablon, avec des tronçons aussi spectaculaires que le cap Tourmente, l'enfilade des caps de Charlevoix ou la baie de Tadoussac, C'est aussi les 800 kilomètres de la rive sud, tendus en arc de cercle, entre Lévis et le cap Forillon, avec les pâturages du pays de Kamouraska, qui viennent buter sur les battures, les sentinelles de granit du parc du Bic, et les falaises qui se jettent dans la mer, de Sainte-Anne-des-Monts à Cap-Desrosiers. C'est aussi des milliers d'îles, agglomérées en archipels le long de la Côte-Nord, ou égrenées en chapelet, le long de la côte sud, de l'île aux Grues, au large de Montmagny, jusqu'à l'île aux Basques qui fait face à Trois-Pistoles. Finalement, ce n'est pas un estuaire, c'est un univers maritime.
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