
[align=right]Le mercredi 12 janvier 2005[/align]
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Photo PC
Les transporteurs américains suivent maintenant l'exemple
d'Air Canada, qui a réduit ses tarifs et simplifier sa grille de
prix à l'automne 2003.[/align] TRANSPORT AÉRIEN
Le triomphe des consommateurs
André Désiront
collaboration spéciale, La Presse
Chez Air Canada, on rit sous cape en voyant les compagnies aériennes américaines annoncer les unes après les autres qu'elles réduisent considérablement leurs tarifs et simplifient leurs grilles de prix. «Ce qu'elles font aujourd'hui, nous l'avons fait à l'automne 2003», constate Isabelle Arthur, porte-parole du transporteur canadien.
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Le 5 janvier, Delta, troisième compagnie américaine, annonçait qu'elle réduisait les tarifs de ses vols intérieurs, aux États-Unis, dans des proportions qui frôlent les 50 %. Mieux, elle les plafonne à un montant maximum de 499 $ US pour un aller simple en classe économique et de 599 $ US en première (alors que sur certaines routes transcontinentales, les allers simples pouvaient facilement coûter plus de 1000 $).
Dans la foulée, l'entreprise en profite pour simplifier sa grille de prix: sur une même route, elle ne proposera désormais plus que six tarifs, au lieu de 20. Et elle abolit la majorité des restrictions: obligation de passer au moins un samedi à destination, interdiction de changer ses réservations, etc. La nouvelle politique tarifaire est d'ailleurs baptisée «SimpliFares».
Dès le lendemain, American Airlines, qui est la plus grosse compagnie américaine, emboîtait le pas, avec quelques variantes mineures. Dans les heures qui ont suivi, Northwest, United Airlines et Continental en faisaient autant. Ce n'est pas parce qu'ils veulent être gentils que les dirigeants des grandes compagnies américaines réduisent leurs prix de moitié ou presque. C'est pour retenir la clientèle qui a de plus en plus tendance à se tourner vers les transporteurs à bas tarifs comme Southwest, Air Tran, JetBlue et quelques autres, qui accaparent aujourd'hui 30 % de parts du marché américain. La revue Forbes prévoyait récemment que les grands transporteurs essuieraient un déficit global de 4 milliards US, en 2004, ce qui porterait à la somme astronomique de 25 milliards US la somme totale de leurs pertes cumulées depuis le 11 septembre 2001.
L'exemple le plus édifiant est celui de US Airways, le numéro sept américain, qui s'est placé sous la protection du Chapitre 11 (l'équivalent de la Loi sur les arrangements avec les créanciers) pour la seconde fois en trois ans. En mai dernier, US Airways a vu arriver Southwest- le modèle de tous les transporteurs à bas tarifs du monde- dans sa plaque tournante de Philadelphie. Après quelques mois, US Airways a dû annuler des dizaines de vols au départ de cette ville et les tarifs ont baissé de 37 % sur les routes où Southwest lui livrait une concurrence féroce. Southwest vient d'annoncer qu'en mai prochain, elle s'installerait à Pittsburgh, l'autre grande plaque tournante de US Airways dans l'est du pays. Depuis, les analystes ne donnent pas cher de la peau du septième transporteur américain.
«Les tarifs baissent sur toutes les routes que des compagnies à rabais investissent, remarque Paul Trihey, vice-président aux ventes de Jetsgo. Avant notre arrivée dans le couloir Montréal/Toronto, les tarifs allers simples variaient de 200 $ à 400 $. Aujourd'hui, ce tarif s'établit, en moyenne à 125/130 $ chez nous et il a baissé considérablement chez nos concurrents.»
Les grandes compagnies nord-américaines s'ajustent. Après avoir réduit leurs frais d'exploitation et revu les salaires de leurs employés à la baisse, elle révisent leurs tarifs. «Air Canada est en train de devenir un transporteur international qui fonctionne à la manière d'un transporteur à bas prix», déclarait son PDG, Robert Milton, lors d'un discours prononcé à New York, en novembre. Plus que les tarifs, le transporteur canadien remet en question le système des plaques tournantes qui, dans bien des cas, oblige les passagers à faire des détours pour se rendre du point A au point B. Robert Milton croit que le Boeing 747 n'est plus adapté aux besoins du marché.
Désormais, Air Canada achète des CRJ de Bombardier et des biréactés d'Embraer, soit des appareils de moins de 100 places. Ce qui permet de desservir la route Montréal/Calgary en direct, plutôt que d'obliger les passagers à passer par Toronto. «La clientèle veut des vols directs et c'est ce que nous tentons de lui offrir dans la mesure du possible», dit Isabelle Arthur, porte-parole d'Air Canada.

