
[/align][hr]Le mercredi 04 avril 2007
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Le plus grand paquebot du monde, le Freedom of the Seas, contribue à gonfler l'offre pour les croisières dans les Antilles.
Photo AFP
Crise de la demande pour les croisières aux Antilles
André Désiront
La Presse
Collaboration spéciale
L'industrie des croisières est en crise. Son produit vedette - la croisière dans les Caraïbes - se brade à des prix ridicules et les «first timers», ces néophytes qui tâtent du produit pour la première fois ne sont pas au rendez-vous.
Les ténors de l'industrie ont exprimé leurs inquiétudes au Seatrade Cruise Shipping Convention, le congrès de spécialistes qui s'est tenu à Miami, du 10 au 13 mars dernier. On a tenté de déterminer s'il s'agissait d'une crise due aux déboires économiques qui frappent la classe moyenne américaine ou si elle est plutôt liée à la surcapacité et au fait que les habitués se sont lassés de naviguer dans les Antilles.
Depuis 30 ans, l'industrie des croisières enregistre des taux de progression moyens de près de 8 % par année. On est passé de 500 000 passagers en 1970 à 12 millions en 2006 et les prévisions font état de 12,5 millions pour 2007. La croisière dans les Caraïbes est le produit de masse par excellence qui attire les membres de la classe moyenne. C'est parce qu'ils constituent le gros de la clientèle que les 21 compagnies membres de la CLIA (Cruise Lines International Association) affectent 39 % de leur capacité dans les Caraïbes. Mais les habitués sont allés dans les Antilles plusieurs fois et ils veulent découvrir d'autres destinations. «Nos clients réclament des itinéraires différents, alors nous vendons de plus en plus de croisières en Amérique du Sud et sur la côte ouest du Mexique, dit Guy Bergeron, propriétaire de l'agence Croisières pour tous, à Laval. S'il y avait une offre pour des croisières en Afrique, nous en vendrions certainement.»
Les croisières en Méditerranée et en Asie se vendent beaucoup plus cher. Alors que, toutes destinations confondues, les croisiéristes américains disposent d'un revenu familial moyen de 84 000 $, celui de la clientèle des navires affectés aux Caraïbes se situe plutôt entre 40 000 $ et 80 000 $.
Ce sont aussi les croisières aux Antilles, plus économiques, qui sont susceptibles de séduire les néophytes sur lesquels l'industrie compte pour remplir les nouveaux superpaquebots mis en service chaque année. Les statistiques de la CLIA indiquent que 83 % des adultes américains n'ont pas encore fait de croisière et qu'un peu moins de la moitié d'entre eux correspondent au profil du croisiériste. Ce qui représente 127 millions de clients potentiels. Or, ils se font tirer l'oreille. Au Seatrade, Bob Dickinson, président de Carnival Cruise Line, observait que la proportion de néophytes qui, en 2002, se chiffrait à 65 % sur les navires de Carnival, est tombée à 55 %.
Les analystes invoquent des facteurs économiques pour expliquer ce fait : la hausse du coût de l'essence et celle des taux hypothécaires qui, aux États-Unis, ont sérieusement affecté la classe moyenne.
Les navires partent complets, mais c'est en soldant leurs cabines à des prix parfois ridicules que les compagnies arrivent à les remplir. Les exemples de croisières d'une semaine vendues à moins de 500 $ US sont légion. Certains agents de voyages, comme Fernand Léveillée, président de Croisières Franco Fun, à Montréal, préfèrent ne plus vendre les navires croisant dans les Caraïbes. Son agence programme chaque année une quarantaine de groupes accompagnés par un animateur francophone. «Comme la plupart des navires sont américains et qu'une bonne partie de nos clients ne parlent pas anglais, notre concept consiste à rendre la croisière accessible et agréable à une clientèle francophone, explique-t-il. Voilà 15 ans, le gros de notre programmation portait sur les Antilles. Mais aujourd'hui, nous vendons surtout la Méditerranée, l'Alaska, l'Amérique du Sud et même l'Asie, avec des départs de Bangkok ou des croisières sur le Mékong.» Explication : «Les Antilles sont devenues un marché de prix. Nous préférons ne pas jouer cette carte-là et miser plutôt sur un service et un accompagnement de qualité.»
Pour Guy Bergeron, c'est la surcapacité qui condamne les compagnies de croisières à pratiquer des tarifs dérisoires dans les Antilles. Une quarantaine de nouveaux navires ont été lancés pendant les années 80. Au cours de la décennie suivante, on a enregistré 80 nouvelles mises à l'eau et on en a dénombré 88, de 2000 à 2007. Or, il s'agit de gabarits toujours plus gros. «Cela crée un déséquilibre de l'offre et de la demande, dit Guy Bergeron. Après le 11 septembre, les compagnies ont arrêté de commander de nouveaux paquebots. Résultat : quatre ans plus tard, en 2005, on a lancé peu de navires et les prix se sont stabilisés. Mais cela a repris de plus belle en 2006.»
Capacité hallucinante
Éric Saint-Pierre, directeur adjoint du voyagiste Intair Croisières, qualifie la capacité d'hallucinante. «Cet hiver, Carnival, qui exploite une flotte de 21 paquebots, les affecte presque tous dans les Antilles. Royal Caribbean, NCL et Celebrity en font autant», dit-il.
La Méditerranée se vend bien et l'Alaska aussi. Mais le climat ne s'y prête pas à des croisières hivernales. Et les croisières en Amérique du Sud et en Asie coûtent trop cher pour une bonne partie de la clientèle habituelle des Caraïbes.
Pour Lucie Nolette, directrice des ventes de Royal Caribbean au Québec, il ne s'agit pas d'une véritable crise. «Dans l'industrie hôtelière ou pour les transporteurs aériens, un taux de remplissage de 70 % est considéré comme très satisfaisant, dit-elle. Mais dans le domaine des croisières, nous ne nous contentons même pas d'un taux de 85 %. Tous nos navires partent pleins. C'est pour les remplir qu'une partie des cabines sont soldées à des prix plus bas. Et nous ne pouvons pas arrêter de lancer des nouveaux paquebots, parce qu'aujourd'hui, un navire qui a 10 ans est considéré comme vieux. Et aussi parce que les clientèles européennes et asiatiques commencent à acheter des croisières. Ils vont contribuer à remplir nos navires et à stabiliser les prix.»
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