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Sur le paquebot comme à la maison...
Isabelle Chagnon
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 avril 2007
Mots clés : gras trans, croisière, bateau, Internet, Transport maritime, Canada (Pays)
Cellulaire, Internet et nourriture sans gras trans montent à bord des croisières
Les gros paquebots de croisière n'aménagent pas seulement à leur bord des murs d'escalade, des patinoires, des rings de boxe ou encore des parcours de golf. Les concepteurs derrière l'évolution du produit puisent aussi leurs idées dans les habitudes et les tendances de la vie courante d'aujourd'hui. Le mot d'ordre: le paquebot doit dorénavant être l'extension de la terre ferme, et ce, sans obstacle aucun. Et voilà que la mutation du produit s'attarde actuellement à l'estomac et aux dépendances de ses passagers.
Les gras trans à la mer!
L'année en cours est l'année du grand virage santé pour plusieurs compagnies de croisières. Tendance lourde oblige, les menus gastronomiques exempts de composantes diaboliques font une entrée remarquée. Par exemple, en plus d'avoir éliminé les gras trans à bord de tous les paquebots de sa flotte, Carnival Cruise Lines, une des plus grandes compagnies de croisières en Amérique, élargit actuellement son menu santé en introduisant des mets végétariens, faibles en gras, faibles en calories, faibles en sodium ou faibles en cholestérol.
En mars dernier, Royal Caribbean International -- un autre grand croisiériste -- a aussi amorcé la conversion de ses menus à bord à la mode sans gras trans. Cette compagnie prévoit ainsi adapter les menus de toute sa flotte d'ici la fin de l'année.
De son côté, Celebrity Cruises affiche fièrement, dorénavant, les produits auxquels elle a livré une guerre sans pitié. Ainsi, on vante plus haut et plus fort les mérites des composantes absentes que celles qui sont présentes. Les «sans gluten par-ci» et les «sans lactose par-là» font-ils aujourd'hui davantage saliver que les magrets de canard ou autres linguinis aux fruits de mer arrosés de vin blanc?
Enfin, emblème du contrôle absolu de l'absolu, Disney Cruise Line n'avait pas l'intention de naviguer sur des mers différentes. En effet, ce croisiériste annonce que non seulement les gras trans auront été complètement éliminés de ses navires d'ici la fin de l'année 2007, les mets et boissons faibles en calories viennent aussi déjà apaiser les inquiétudes des parents d'enfants souffrant d'un déséquilibre alimentaire ou d'embonpoint. Sont dorénavant offerts en option du lait faible en gras, des jus entièrement faits de fruits, des pizzas avec du fromage moins gras ou encore des hamburgers avec de la viande contenant 20 % moins de gras.
Aussi, autre tendance lourde oblige, les allergies alimentaires -- qui s'immiscent de plus en plus dans la vie des enfants -- constituent pour Disney Cruise Line une autre chronique d'une mutation annoncée. Toutefois, l'incontournable promiscuité à bord des paquebots ne peut pas faire autrement que de laisser apercevoir dans les menus explicatifs et dégustatifs du croisiériste des «where possible, we will try to arrange... » et des «when possible, we will try to do our best...».
Internet à bâbord, cellulaires à tribord
Aujourd'hui indissociables des habitudes de vie des gens actifs et parfois même inactifs, le téléphone cellulaire, l'ordinateur portable et l'accès sans fil au réseau Internet sont également les nouvelles carottes des compagnies de croisières. L'utilisation, loin des côtes terrestres, des joujoux électroniques personnels donne ainsi un plein sens aux notions de liberté et d'assurance et constitue pour cette raison le nouveau dada d'appel: «Partez en mer en gardant contact avec la maison et le bureau», affichent les uns; «Naviguez sur les mers du monde en étant proche de vos proches», avisent les autres.
Mieux encore: en permettant dorénavant à leurs passagers de faire des appels personnels et d'en recevoir en tout temps, et ce, dans l'intimité du cellulaire, et en leur permettant aussi d'avoir accès à leur boîte courriel et à Internet, les Norwegian Cruise Line, Windstar Cruises, Carnival Cruise Line et bien d'autres sont ainsi en train de mettre un terme à un des inconvénients les plus irritants que plusieurs passagers collaient à la peau des compagnies de croisières: l'interruption des communications et du lien avec «sa propre terre ferme».
Cap sur l'Europe et l'Asie: l'Amérique perdra-t-elle au change?
Autre tendance qui se dessine toujours plus dans l'industrie de la croisière: de plus en plus de paquebots qui ont fait carrière dans les mers des Caraïbes mettent le cap sur l'Europe et l'Asie.
Par exemple, Costa Cruises, qui, en plus de commencer à affecter des paquebots au marché asiatique, se retroussait les manches en injectant des millions de dollars en décoration hautement inspirée des goûts de l'Orient, ouvrait récemment un bureau de ventes à Hong Kong. Parallèlement, dans la foulée des préparatifs pour les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, l'ancien aéroport de Hong Kong est actuellement converti en port de croisières d'envergure, avec centres commerciaux, centre des congrès et établissements hôteliers à l'appui.
Enfin, si les compagnies de croisières qui mettent le cap sur l'Asie sont toutes stimulées par une réalité qui tombe sur l'Amérique -- celle où le potentiel de l'Asie fait hautement fantasmer les compagnies de croisières --, l'Europe aussi s'avère séduisante mais également rassurante. «La saison des ouragans de 2005 a coûté cher à l'industrie de la croisière. Non seulement de plus en plus de paquebots sont mutés en Europe, ils y restent plus tard dans la saison. Ainsi, au lieu de revenir dans les Caraïbes en septembre, comme c'était habituellement le cas, quelques paquebots reprennent la route transatlantique vers l'Amérique en novembre, soit après le signal de la fin de la saison des ouragans dans les Caraïbes,» notera Lucie Nolette, directrice des ventes de Royal Caribbean International et de Celebrity Cruises pour le Québec.
Collaboratrice du Devoir
http://www.ledevoir.com/2007/04/21/139987.html


